Les deux choix les plus névrotiques de notre existence, le choix du métier et le choix du conjoint, donnent le thème de notre existence. Mais chaque rencontre est un virage, une période sensible à négocier entre l’histoire intime et le discours social. La résilience est la capacité d’une personne ou d’un groupe à se développer bien, à continuer à se projeter dans l’avenir, en présence d’événements déstabilisants, de conditions de vies difficiles, de traumatismes parfois sévères. C’est à la fois la résistance à la destruction et la construction d’une existence valant d’être vécue.
Seuls les morts ne meurent jamais
L’enfant est une éponge affective. Mais il n’aspire pas n’importe quoi de son milieu. Son développement et son histoire le rendent sensible à un type de milieu qu’il va chercher. A chaque étape, sa sensibilité varie, puisqu’il ne cesse de se construire.
La résilience constitue un processus naturel où ce que nous sommes à un moment donné doit obligatoirement se tricoter avec ses milieux écologiques, affectifs et verbaux. Qu’un seul milieu défaille et tout s’effondrera. Qu’un seul point d’appui soit offert et la construction reprendra.
De même, la résilience est un processus diachronique et synchronique : les forces biologiques développementales s’articulent avec le contexte social, pour créer une représentation de soi qui permet l’historisation du sujet. La résilience est un tricot qui noue une laine développementale avec une laine affective et sociale.
La résilience n’est pas une substance, c’est un maillage. Itinérance n’est pas errance. Même quand on sait d’où l’on vient, la génétique peut être imaginaire. Et quand on ignore son passé, on peut l’inventer à loisir.
Quand un enfant accède à la représentation de la mort, il comprend que le destin de ses parents les mène au point final. Il apprend à aimer des parents qui vieillissent et s’affaiblissent. Il apprend à tolérer que ses proches se trompent et soient parfois injustes. Le survivant est un héros coupable d’avoir tué la mort.
Un enfant n’est pas un survivant, c’est un vivant qui remplit son monde psychique par le simple fait de s’épanouir et d’apprendre à vivre. L’instant de survivre est un instant de puissance.
Notre histoire n’est pas un destin
Ce qui est écrit ne l’est pas pour longtemps. Ce qui est vrai aujourd’hui ne le sera plus demain, car les déterminismes humains sont à courte échéance. Nos souffrances nous contraignent à la métamorphose et nous espérons toujours changer notre manière de vivre. C’est pourquoi une carence précoce crée une vulnérabilité momentanée, que nos rencontres affectives et sociales pourront restaurer ou aggraver.
L’image est un leurre qui gouverne les émotions de ceux qui nous observent. Nous nous mirons dans le regard des autres et, quand nous donnons de nous une image sereine, ils y répondent et nous éprouvons leurs réponses. Ce jeu de dupes circulaires finit par créer une relation réelle qui peut durer toute une vie, sur le fil du rasoir. Quand le fracas vient de loin, d’une armée étrangère, d’un groupe d’hommes armés, d’une catastrophe naturelle ou d’une maladie, c’est le contexte et le temps qui attribuent un sens à l’évènement, nous permettant d’affronter l’épreuve et de la changer. Mais quand l’agression vient de ceux qu’on aime, le travail de métamorphose est bien difficile.
Les personnes qui avaient eu l’enfance la plus dure furent ceux qui avaient connu la vie adulte la plus épanouie, probablement parce que à l’âge adulte de dix-huit ans, ils avaient été contraints par leurs petites épreuves de mettre en place des défenses positives. Alors que ceux qui avaient connu une enfance trop protégée avaient moins su affronter les épreuves de la vie. La seconde surprise fut de constater que les mécanismes de défense le plus souvent retrouvés chez les adultes épanouis étaient les mêmes que ceux que l’on pouvait noter dans une population d’enfants résilients maltraités :
- La sublimation, quand la force de vivre est orientée vers des activités socialement valorisées, comme les activités artistiques, intellectuelles ou morales. Cette vitalité, aimantée par la société, permet aux blessés de l’âme, petits et grands, d’éviter le refoulement et de s’exprimer en entier, pour le plus grand bonheur de tous.
- Le contrôle des affects est associé à la sublimation : ni colère, ni désespoir, ni rumination, ni passages à l’acte brutaux, pour satisfaire les besoins immédiats. Une douce gestion du temps, une aptitude à retarder la réalisation des désirs et à les transformer, afin de les rendre acceptables.
L’altruisme a été un trait caractéristique de cette population. Le dévouement à autrui permet d’échapper au conflit intérieur et permet de se faire aimer grâce au bonheur qu’on donne. Le retour est énorme, c’est une bonne affaire. L’humour a également été une défense précieuse. La représentation de l’évènement traumatisant, destiné aux autres, permet de prendre de la distance, de moins se laisser entamer par l’épreuve et même d’en retirer un petit bénéfice de comédien.
A chaque étape de l’histoire de l’enfant, il existe une possibilité de réparation ou d’aggravation. L’intellectualisation apporte des bénéfices plus réels. Face à une situation conflictuelle insupportable, le blessé cherche à comprendre. « Quand aucun danger ne nous menace, la stupidité est permise », dit Anna Freud. Mais face au danger, nous sommes contraints à comprendre l’agresseur pour mieux l’affronter. Les blessés de l’âme ne peuvent échapper à cette forme d’intelligence, ils transforment volontiers leurs problèmes personnels en problèmes mondiaux. Le sentiment d’appartenance est une manière facile d’avoir une bonne estime de soi puisqu’il suffit d’appartenir à un groupe pour être fier de lui appartenir.
Devenir, c’est mieux qu’être
Benjamin Barber : « je ne divise pas le monde entre les faibles et les forts, ou entre les succès et les échecs. Je divise le monde entre les apprenants et les non apprenants. »
Michael Jordan est un géniequi veut constamment améliorer son génie. Pour Jordan, le succès provient de l’esprit. « La force de caractère et le courage sont beaucoup plus forts que certains des avantages physiques que vous pourriez avoir. Je l’ai toujours dit et pensé. »
Le tempérament, c’est la capacité à puiser en vous et à trouver la force même lorsque les choses sont contre vous. Le tempérament est ce qui vous permet d’atteindre le sommet et d’y rester.
Il existe deux types d’état d’esprit :
L’état d’esprit fixe, limite l’accomplissement. Il remplit l’esprit des gens avec des pensées interférentes, il rend l’effort désagréable, et il mène à des stratégies d’apprentissage inférieures. Qui plus est, il transforme les autres en juges plutôt qu’en alliés.
L’état d’esprit de développement laisse les gens, même ceux qui sont la cible d’étiquettes négatives, utiliser et développer pleinement leurs esprits. Leurs têtes ne sont pas remplies par des pensées restrictives, un sentiment d’appartenance fragile, et une croyance dans le fait que d’autres sont capables de les définir.
Que nous parlions de Darwin ou d’étudiants à l’université, des réalisations importantes exigent une concentration claire, un effort maximum, et un stock inépuisable de stratégies. Et en plus, des alliés dans l’apprentissage. C’est ce que l’état d’esprit de développement confère aux gens, et c’est pourquoi il contribue à ce que les capacités se développent et portent leurs fruits.
Le trait le plus exceptionnel est l’amour extrême de l’apprentissage et du défi chez une personne. Ce qui nourrit le don, ce sont cette curiosité et cette recherche de constants et sans fin.
