Ibn Khaldun, érudit arabe provenant de Tunis. Le succès de sa pensée à travers la planète, devenu un totem de la mondialisation, permet de prendre conscience de l’ampleur des études khalduniennes. En effet, Ibn Khaldun est devenu un sujet « globalisant » .
« Ibn Khaldun a conçu et forgé une philosophie de l’histoire qui est sans aucun doute la plus grande œuvre de ce type jamais créée par un esprit en tout temps et en tout lieu »
Arnold Toynbee
L’historien britannique Arnold Toynbee, rappelle la place exceptionnelle tenue par cet homme de lettres natif de Tunis, Ibn Khaldun (1332-1406), le seul des penseurs issus du monde arabo musulman à jouir réellement d’une audience mondiale.
Le président américain Ronald Reagan et le premier ministre britannique Boris Johnson, ont pu invoquer son nom pour convaincre l’opinion publique des bienfaits de la dérégulation, et du rôle nocif de l’intervention de l’Etat en économie. Par exemple, « Ibn Khaldun a observé que si l’on réduisait les taxes sur la récolte des olives, ce qui était le cas dans la Tunisie du 14ème siècle, les gens cultivaient davantage d’olives et les rendements fiscaux augmentaient. »
Ibn Khaldun est né en 1332 à Tunis, dans la demeure familiale. Son éducation était axée sur l’acquisition de la langue arabe et l’apprentissage par cœur du Coran, et des fondements de la jurisprudence sunnite de rite malikite. On enseigna aussi au jeune Ibn Khaldun la poésie, qui permettait d’acquérir une maitrise significative de la langue arabe.
Evènement majeurs
Le parcours d’Ibn Khaldun est exceptionnel. Deux désastres, la peste noire et l’échec du sultan mérinide Abu l-Hasan à unifier le Maghreb, marquent son entrée dans la vie adulte, le conduisant à appréhender et à penser le monde d’une certaine manière. Ensuite, il devient un praticien du pouvoir dans toutes les cours de l’Occident musulman : Tunis, Fès, Grenade et Tlemcen. Il entre également au contact avec les chefs des tribus arabes, et devient progressivement un expert de la négociation avec ces entités qui lui étaient étrangères.
Dans les années 1348 et 1349, interviennent deux évènements catastrophiques qui ont bouleversé la vie d’Ibn Khaldun. Il n’a alors que 16 ans, mais ce double désastre représente un tournant décisif, une rupture totale. En premier lieu, la peste noire emporte ses parents, la plupart de ses professeurs et les membres de son entourage immédiat. La vitesse de la contagion et de propagation est assimilée à un feu de forêt. Ibn Khaldun rapportait que cette pandémie tuait à Tunis plus de 1000 personnes par jour. La peste n’épargne aucune personne quel que soit sa classe sociale. La peste provoque une situation de crise systémique et multidimensionnelle. Disparition d’une part importante de la population, une crise économique causée par l’absence de main d’œuvre et marquée par une baisse importante de la production, ainsi que par l’interruption des réseaux d’approvisionnement et d’échanges. Ajoutant à cela, la déroute de Abu l-Hasan en 1348. Cette défaite signifiait l’impossibilité d’unifier le Maghreb sous le tutelle d’un seul pouvoir dynastique.
Alliances : Maghrébins et Arabes
Ibn Khaldun est en même temps élogieux et dédaigneux des tribus arabes. D’un côté, il les admire pour leur force, audace, pureté, simplicité des mœurs. Aussi, le trait admirable des arabes réside, pour lui, dans leur capacité à conserver leur liberté, grâce à la solidarité agnatique de la tribu. Elle leur permet d’avoir l’avantage sur les différents pouvoirs dynastiques et de soumettre les populations, qui traditionnellement, s’acquittent de l’impôt. D’un autre côté, Ibn Khaldun fustige les Arabes propagateurs de troubles et de désordres, ces parasites qui vivent aux dépens des sédentaires s’acquittant de l’impôt. Il condamne leur tendance à s’adonner, dès qu’ils le peuvent, au pillage et au brigandage, ou à exercer un chantage permanent sur les agriculteurs, en menaçant de saccager les moissons ou d’abattre les arbres fruitiers. Ainsi, Ibn Khaldun impute l’échec de restauration d’une unité aux alliances nouées par les dynasties maghrébines avec les tribus arabes. A ses yeux, les Bédouins jouent un rôle négatif, car ils finissent par affaiblir l’emprise de ces dynasties sur leurs arrière-pays.
